Histoire et patrimoine


Avant même la création officielle de la municipalité de Saint- Aimé-des-Lacs par un décret signé de Jean Bruchési, sous- secrétaire de la province, le 7 septembre 1949 et proclamé le 30 septembre de la même année, la région de Saint-Aimé avait été repérée par les visiteurs de La Malbaie pour la beauté de ses paysages, admirés depuis le rang du Ruisseau des Frênes. Une peinture de John Arthur Roebuck fait admirer ce paysage dès 1821-1824.

 

La région de Saint-Aimé est peuplée dès les années 1820. Les premiers résidents de Saint-Aimé-des-Lacs s’établirent autour du Lac Sainte-Marie, appelé plus fréquemment « Petit Lac». Agriculteurs, artisans ou travailleurs de la forêt, ils constituent l’avant-garde de la population actuelle. Le secteur qu’ils occupent est « un secteur agricole où les bonnes terres sont rares et où les résidents ne possèdent pas de grandes richesses»2

 

À partir de 1855, la municipalité de laquelle ils relèvent est celle de Sainte-Agnès qui recouvre alors un très large territoire couvrant le territoire actuel de Saint-Aimé-des- Lacs.  Le territoire de la paroisse de Ste-Agnès est vaste et les habitants du Canton de Sales se plaignent de la distance qu’il faut couvrir pour assister aux offices paroissiaux. Pensant réconcilier tout son monde, le curé de Sainte- Agnès, l’abbé Girard encourage la construction, en 1941, d’une église située au Petit Lac.

 

Cette nouvelle église n’empêchera pas les résidents du Canton de Sales d’obtenir la création, en 1935, de la municipalité De Sales. L’église de Saint-Aimé-des-Lacs est érigée canoniquement en 1942, alors que les résidents de De Sales obtiennent, en 1947, la création de leur paroisse, Notre-Dame-des-Monts. Cette initiative conduit à un imbroglio qui fait que le territoire initial de Ste-Agnès comprenait alors deux municipalités, Sainte- Agnès et De Sales, mais trois églises, Sainte-Agnès, De Sales et Saint-Aimé-des-Lacs. Des négociations seront menées afin de résoudre cette situation et, en 1949, les municipalités de De Sales et de Sainte-Agnès accepteront de se départir d’une partie de leur territoire pour former la nouvelle municipalité de Saint-Aimé-des-Lacs qui comptait alors 300 habitants résidant de façon permanent dans la paroisse.

 

Diverses initiatives tenteront de favoriser le développement d’activités susceptibles d’apporter une vitalité économique à la municipalité. Le projet économique le plus remarquable fut celui de l’exploitation de la mine de mica du Lac Pied-des- Monts.3  Dès la fin du XIXe siècle, cette mine qui contenait du mica et aussi un peu d’uranium, était connue des prospecteurs étrangers, particulièrement français, qui en démarrèrent l’exploitation.

L'église de Saint-Aimé-des-Lacs en construction (1941)
L'église lors de son ouverture en décembre 1941. Elle est encore inachevée.
L'abbé Alfred Girard, curé- fondateur
Travailleurs de la mine devant le lac du pied des Monts
Les fourneaux
Carte de la constitution du territoire de Saint-Aimé-des- Lacs en 1949.
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Elle fut exploitée de 1893 à 1914 puis, après un arrêt d’une vingtaine d’années, de nouveau de 1935 à 1945. Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la Canadian Mica Company, puis la Canadian General Mining, exploitent le site et expédient le mica par bateau vers Québec ou Montréal. Appelés pour servir pendant la Première Guerre mondiale, les prospecteurs qui s’étaient intéressés à la mine ne reviendront pas une fois le conflit terminé. Les efforts d’exploitation reprendront cependant dans les années 1935, sous la conduite d’une compagnie nommée la Charlevoix Radium and General Mining. D’importants investissements seront alors consentis : creusements de galeries souterraines, cheminée, fours, rails, etc. Le site fait travailler, à certains moments, plus d’une vingtaine d’ouvriers. Ces efforts seront à nouveau stoppés une dizaine d’année plus tard par l’absence d’approvisionnement en électricité, jugé trop coûteux par le gouvernement.

 

Un autre type d’activité marque également l’histoire de Saint-Aimé-des-Lacs : celui du transport par avion du courrier vers la Côte-Nord. En effet, le lac Nairne, par son étendue, se prête parfaitement à la circulation d’hydravions. De 1920 à 1940, il servira donc d’aéroport à cette fin4. Les aviateurs qui assuraient ce transport devaient accomplir jour après jour de véritables prouesses pour livrer le précieux courrier sur l’ensemble de la Côte- Nord par beau ou mauvais temps. Leurs prouesses furent célébrées en particulier lors du sauvetage des pilotes du Bremen en 1928.

 

Avec des ressources financières très réduites, des emprunts fréquents et une bonne dose de détermination, les élus de Saint-Aimé-des-Lacs réussirent, progressivement à entraîner leur municipalité dans le courant de modernisation qui marque le Québec rural dès les années 1950. L’électrification progresse, les routes sont peu à peu asphaltées et un réseau d’aqueduc et d’égouts est enfin installé en 1974. Simultanément se développe l’intérêt pour les problèmes posés à l’environnement par l’aménagement des chalets et les inondations dans le secteur de l’écluse du moulin. Des travaux de drainage sont entrepris avec succès.

Famille de Roméo Vachon et de Louis Cuisinier devant le garage d'entreposage au Lac Nairne
Transport postal au Lac Nairne
Le pilote Roméo Vachon
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À partir des années 1960, c’est particulièrement du côté touristique que va se développer l’économie de la municipalité. Le développement de l’intérêt des villégiateurs pour ce secteur de Charlevoix, se situe dans le contexte plus large de la villégiature dans la région de la Pointe-au-Pic et de la Malbaie dont il est le développement et le prolongement naturel. Ce n’est cependant pas avant le début du XXe siècle que les visiteurs feront autre chose que des incursions passagères dans l’arrière-pays, de leur base de la Pointe-au-Pic, le plus célèbre au début du XXe siècle étant Charles Fitzpatrick, qui se bâtit une résidence d’été au lac Saint-Marie. Plusieurs établissements hôteliers s’installent, étroitement contrôlés par un Conseil municipal qui tient à ce que « rien de désagréable ne se produise soit dans la location de motel ou autre manière parce que nous aimons garder une bonne renommée dans nos établissements à Saint-Aimé...»5. De même est étroitement réglementée la possibilité de se baigner « dans tous les lacs et les rivières ainsi que sur les grèves qui sont propriétés du Roi». Mais la municipalité sait que tourisme et loisirs seront des sources de revenus importantes. Elle a soutenu la création et les activités d’organismes comme le Comité des Loisirs et la SISAL (Société d’initiatives et de développement de Saint-Aimé-des-Lacs), et dès 1965, le Conseil municipal a cherché à favoriser un projet de développement de parc touristique. La municipalité participera de façon active au développement du Parc des Hautes-Gorges-de-la-Rivière- Malbaie.

Docteur Albert Angers
La tente du Docteur Albert Angers (installation rudimentaire)
Le chalet de la famille McKenna
Le chalet d'Henri-Paul Couturier
Le chalet du Docteur Angers
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Avec le temps, les touristes viennent dans la région de plus en plus nombreux. Dès que les beaux jours reviennent, l’été ramène des villégiateurs désireux de profiter de la beauté de la nature qui entoure Saint-Aimé-des-Lacs. Contrairement au tourisme américain qui est la marque de commerce de la Pointe-au-Pic, les premiers villégiateurs à Saint-Aimé sont des habitants de la région, principalement de la municipalité de La Malbaie. Professionnels ou commerçants, ils cherchent un lieu paisible où ils pourront profiter des douceurs de l’été loin de leurs activités courantes. Le lac Nairne va devenir leur lieu privilégié de retraite. Les premiers villégiateurs installeront leur maison dans le secteur de la Plage, de la Pointe des Roches et de l’Aviation. Puis, à la fin des années ‘20, le secteur du Chemin de la Baie sera l’objet de nombreux établissement, grâce aux ventes de lots consenties par Ulysse Lavoie qui possédait ce secteur, suivi dans les années ‘30 par le secteur du ruisseau Gagouette et de la Réserve. La plupart de ces familles passent tout l’été au lac Nairne à partir de la Saint-Jean-Baptiste jusqu’à la Fête du travail.  Les premiers villégiateurs connaissent bien les résidents et les rapports entre eux sont simples et harmonieux. À partir des années 1950, le nombre de chalets de villégiature augmente avec l’arrivée de gens de Clermont. Se développent alors le secteur Dallaire ainsi que le chemin de la Réserve et le chemin Larouche. Régates et activités nautiques, campings et festivals apparaissent et animent la vie estivale de la municipalité.

 

Depuis les années 1980, la municipalité de Saint-Aimé-des- Lacs fait face à de nouveaux défis.  Son développement est intimement lié à une activité touristique de plus en plus élaborée et l’attraction que constitue le Parc-des-Hautes- Gorges-de-la-Rivière-Malbaie doit pouvoir être utilisée à des fins de promotion de cette nature qui a toujours attiré les visiteurs

 

 

 

 

 

* Les informations contenues dans ce texte sont tirées de deux parutions de la Revue d’histoire de Charlevoix : Serge Gauthier, « Saint-Aimé-des-Lacs. 50 ans au coeur de Charlevoix», Revue d’histoire de Charlevoix, octobre 1998, p. 2-15. On y trouvera entre autres choses la liste de tous les maires et conseillers de la municipalité; Serge Gauthier et Christian Harvey, « Le Lac Nairne de Saint-Aimé-des-Lacs : une autre villégiature en Charlevoix», Ibid., juin 2005, p. 2-21.

 

2. Serge Gauthier, « Saint-Aimé-des-Lacs : une paroisse issue d’une querelle de clochers», 2002, http://www.encyclobec.ca/main.php?docid=172.

 

3. Pour plus de renseignements, voir à ce sujet : Serge Gauthier, « La mine du Lac Pied-des-Monts (1890-1945)», 2002,http://www.encyclobec.ca/main.php?docid=62 ainsi que Serge Gauthier et Christian Harvey, Rapport de recherche ethnologique, historique et patrimoniale sur la villégiature, l’exploitation minière et la protection de l’écologie du lac Pied des Monts. Société d’histoire de Charlevoix, janvier 2008. http://www.encyclobec.ca

 

5. S. Gauthier, « Saint-Aimé-des-Lacs. 50 ans au coeur de Charlevoix», Revue d’histoire de Charlevoix, octobre 1998, p. 9.